Exposition : La louve
Armand Lestard, Hélène Singer, Sandra Ancelot, Rémi Voche, Eric Angenot, Franck Lestard

La Louve

« La Louve »

Cette sculpture de louve nourrissant deux enfants : le lien à la nature sauvage comme condition de création d'une société. La force de cet emblème résonne étrangement dans une société où ce lien s'est distendu, où la source nourricière s’est tarie, où le sauvage, partout et sous toutes ses formes, est gravement menacé.
Il nous semble urgent aujourd’hui de rétablir ce lien au sauvage ; d'aller chercher sa présence au plus profond de nous-mêmes, et de développer de nouveaux liens sensibles au monde, constitués plus de continuités que de ruptures.
« La Louve » n'est pas vraiment une exposition, c'est un terrain d'expérimentations de groupe, un lieu inconfortable où les formes naissent autant de collaborations, que des tensions ou d’affrontements. C’est un terrain où l'on s'éprouve, où l'on se sent, où l'on se renifle, où l’on se cherche, et où l'on se perd pour mieux se retrouver. « La Louve » est un projet organique, hétérogène et performatif sur la place du sauvage dans nos vies.
Eric Angenot.
Eric Angenot interviewe Armand Lestard, artiste, commissaire de l’exposition « La Louve ».
- Quelle est la genèse du projet « La Louve » ?

C'est parti d'une invitation d'Aponia, Centre d'Art contemporain de Villiers sur Marne où j'avais déjà présenté une installation en 2004.
J’ai tout de suite vu l'opportunité de présenter quelque chose autour de la performance ou de l’action ou tout du moins un truc un peu « iconoclaste » : Un travail collectif qui déformate l’exposition en un lieu d’actions et de rencontres en mouvement. J’y voyais aussi l’occasion de prolonger l’expérience faite à Montreuil, le 14, 15, 16 , 17 octobre 2017 ". Résistances électriques, Indien et autres carburateurs flingués" dans lequel j’invitais des artistes du projet  au Centre Aponia à intervenir pour « une entame du projet  "La Louve "».
Sandra Ancelot  m'a poussé  dans ce sens et convaincu de faire quelque chose de spécial. Elle- même, est dans une direction de recherche, sur un travail de dessin aérien, quelque chose à la frontière des disciplines, entre les arts plastiques et l'action, la proposition finie, ou la pièce en construction: est-ce du dessin, est-ce de la performance, est-ce du cirque, du spectacle ?
C'est un point de démarrage pour interroger ce que l'on pourrait proposer comme  recherche axée sur le sauvage  et où la question de l’instinct est posée.
- D’où vient le titre ?
J'ai lancé une piste : "Les mamelles de la louve "et après divers échanges par mail avec les artistes, il a fallu trancher, donc c'est devenu : « La Louve ». Cette fameuse sculpture romaine  m’a toujours intrigué. J'ai retrouvé quelques dessins dans mes carnets. Nous nous sommes rendu compte que cette image était le dénominateur commun. Quand j'ai lancé cette histoire de Louve, chacun avait, par hasard,  fait quelque chose en rapport avec cette image: le dessin de loup de Sandra, la performance  de rue  avec les mamelles d'Eric Angenot , les photos d' épreuves en plâtre prises par Hélène dans les réserves du Louvre, les dessins de Franck et les performances de Rémi dans la forêt.
- Pourquoi travailler aujourd’hui sur le sauvage ?
La priorité, était de trouver un groupe d'artistes dont l'engagement physique importe dans leur art et liés à l'animalité (Eric Angenot avec son projet Post industriel animism, Hélène Singer ( le cri primal, les natures mortes), Franck Lestard et ses dessins de vanités animales , Rémi Voche et ses performances  in dame nature en peau de bête.
 Le sauvage est un thème, un enjeu de premier ordre.  Sandra Ancelot  utilise son corps  comme un outil primaire dans ses dessins aériens, elle suit  son instinct dans une danse ritualisée, proche de la  transe. En ce qui me concerne,  c’est une approche d’un état d’être  toujours à la limite du sauvage. Je pense que le sauvage est une sorte de jardin secret, un reste d’animalité que nos civilisations ont tenté de refouler et qui resurgit parfois comme un volcan.  C’est peut-être notre lave cachée sous la croûte civilisée. Je suis un urbain dont les racines sont enfouies sur des terres sauvages.
-Tu es actif sur la scène Punk Rock, en quoi cette culture influence-t-elle un projet comme celui-ci ?
Elvis, Screamin' Jay Hawkins, Jimi Hendrix, les Doors, Hasil Adkins, les Who, les Stooges, les Sex Pistols, les Cramps, ont  fait surgir le sauvage et l'instinct primal dans le Rock'n'Roll. Pousser les manettes à fond ; le Punk est pour moi à l’origine un retour au sauvage. L’esthétique, do it yourself, est aussi reliée au projet. Les premiers Fanzines Punk étaient tirés sur des mauvais photocopieurs. Le Punk est un cri primal aussi, une réaction contre le trop de sophistication, de « polissage », de politesse. Le retour à l’instinct premier du rock'n'roll : énergie, sexe et fureur ; le punk, c’est aussi le sauvage dans l’urbanité, je m’y retrouve.
- En tant qu'artiste curateur de l’événement, tu ne t'es pas simplement contenté de choisir des artistes mais tu as suscité des interactions entre eux, des débats. Cela te paraît important ?
C’est  l’essence même du projet, car je crois que les artistes plasticiens se contentent de leur prés-carrés. L’artiste face à lui-même est seul, il faut beaucoup d'inconscience pour prétendre apporter quelque chose de singulier. Depuis quelque temps, il y a bien des groupes ou des duos d’artistes qui signent collectivement, mais je ne sais pas dans quelle mesure cela est possible et sincère.  On est bien dans une sorte de sauvagerie. Ici on va tenter le collectif dans ses limites. C'est pour cela que cette image de Louve nourrissant ces petits cons de baigneurs civilisateurs est significative.  Je penche plutôt pour cette Louve racée que pour ces affreux petits hommes grassouillets.
J'ai présenté le projet en  expliquant mon intention de faire autre chose qu’un accrochage de pièces singulières  dans une thématique commune. Je propose de prendre un risque en commun, une expérience (avec cette possibilité que celle-ci soit foirée): c'est, je pense, la définition de la performance. Non pas, que je sois contre les expos en forme de « collages », j’y participe, mais ici nous avons la possibilité de faire autrement, j’ai toujours cette volonté de casser les codes établis.
- Avec ce projet, tu dis vouloir éviter la logique d'exposition illustrative où chacun apporte des pièces en lien avec la thématique, mais plutôt amener chacun à réagir de manière plus directe, performative et risquée au sujet. Peux-tu en dire un peu plus ?
Certains commissariats d'exposition sont considérés comme des œuvres d’art. Pourquoi pas, chiche allons-y ? Je n’en sais  fichtre rien,  en tout  cas, je veux que cette expo devienne une œuvre collaborative, un bazar.  Je sens bien qu’il y a encore des adhérences  à une forme classique d’exposition de groupe, c'est pourquoi ce projet est encore inédit .
- Tu as souvent travaillé sur la violence sociale, liée notamment à tes racines ouvrières en Lorraine. Y a-t-il des liens entre ces pratiques et la notion de "sauvage" ?
On peut rapprocher cette violence sociale subie, en premier lieu, dans l'industrie lourde à la fin des années 70  avec la notion de sauvage. Les luttes sociales ont peut-être quelque chose à voir avec l'instinct primaire de survie.  En hommage à ces luttes j’ai présenté un tipi entoilé d’un tissu technique « alluminisé » qui sert pour les vêtements de protection des ouvriers  de la sidérurgie. Je me suis transformé en indien pour une action.  
- Comment as tu opéré le choix d'artistes qui participent au projet ?
A l'instinct pour être en accord avec le sujet.
J'ai choisi des artistes dont je me sens proche, des amis que j'avais  envie de rencontrer. J'ai cherché une cohérence, un équilibre entre l’action et la trace : de la performance, des  corps outils pour laisser une trace, des corps incarnés, des corps en transhumance. Cela m’intéresse de provoquer la rencontre d’un artiste qui oeuvre seul dans son atelier, comme mon frère et d'autres qui investissent l'espace public, comme toi Eric.
Je veux élargir le spectre sensitif avec des artistes  qui utilisent le son, les fragrances, le tactile et d'autres sens plus enfouis en nous. L'animalité nous relie dans nos peurs, nos fragilités, nos sexualités, nos instincts. Sandra Ancelot, Hélène Singer sont des amies de longue date et je voulais les rencontrer  enfin dans un travail artistique. Mon frère, Franck, dessine le sauvage. Eric toi, tu proposes une action plus politique et sociale, tu te frottes aux réalités sociales. Comme je me méfie des politiques mais que je suis  curieux de certains artistes qui tentent d’investir d’autres champs que le circuit conventionnel, je veux voir aussi ce que l’on peut faire ensemble. Le white cube est confortable et il s’agit de sortir de ce cadre. Les petites éditions que tu produis sont dans l’esprit des Fanzines "do it yourself".
Comme un apprenti sorcier Il y a aussi, une curiosité ou une malice à voir ce que peut donner cette rencontre entre nos univers respectifs, je crée une situation de rencontres, de juxtaposition, de fusion, je cherche à provoquer une alchimie qui j'espère fera œuvre commune.

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